Le PUC, première !
Programmée à la mi-septembre, la finale nationale de l’Interclubs Division 1 est une kermesse joyeuse à 26 équipes (!) qui a le mérite d’être animée et le double inconvénient d’être jouée en système Suisse (peu convaincant) et en seulement huit matchs minuscules (12 donnes…).
Cette année comme souvent, le sprint final a donné lieu à une belle empoignade. Avant le dernier des huit matchs, trois équipes détachées pouvaient légitimement l’emporter : Dupuis, Volcker et Agenès. En embuscade, les équipes Kilani, Brunet et Setton pouvaient encore espérer monter sur le podium.
La formation de Volcker (Irene Baroni, Michel Bessis, Guy Laffineur, Ola Rimstedt, Nicolas Roussel, Frédéric Volcker), opposée à Brunet, a littéralement marché sur ses adversaires (19,13 vs 0,87) lors de l’ultime rencontre et décroché haut la main la médaille d’or.

Michel Bessis a ainsi pu savourer sa première victoire en Interclubs après des décennies de tentatives infructueuses. Pour le PUC (Paris Université Club), situé dans les locaux du fameux stade Charléty, où enseigne Frédéric Volcker et intervient Anne-Laure Tartarin, c’est aussi une première. Irene Baroni, qui conquiert également son premier titre, de championne de France pour ce qui la concerne, succède au palmarès de l’épreuve à son mari Thomas Bessis (équipe de Hilda Setton avec Pierre Franceschetti, Cédric Lorenzini, Quentin Robert) qui a arraché la troisième place en battant très largement Agenès. L’argent a échu à la valeureuse équipe Dupuis (Xavier Dupuis, Hervé Fleury, Jérémie Tignel, Thibaut Charletoux, Hervé Lagrée, Jean-Luc Aroix), malgré sa défaite contre Bretagne.
En Division 2, la victoire est revenue aux Azuréens de Burrel (les Burrel, les Guenole, Bauer et Duc-Mauger), devant Forment et Beugin.
Voici une donne rapportée par un membre de l’équipe victorieuse, Michel Bessis (tournée à 180% pour commodité) :
Match 5 (donne 8).
Donneur Ouest, personne vulnérable.

| O | N | E | S |
|---|---|---|---|
| Sam Bahbout | Michel Bessis | ||
| Passe | 1♠ | Passe | 2♣ |
| Passe | 2♠ | Passe | 4♠ |
| Passe | 4SA | Passe | 5♠ |
| Passe | 6♠ |
Michel Bessis entame du 10 de Pique. Histoire de mettre la pression sur la défense (une faute est si vite arrivée…), le déclarant Sam Bahbout encaisse quatre tours d’atout, Ouest écartant un petit Cœur. Vous avez déjà écarté un Cœur puis un Carreau. Quelle est votre troisième défausse ?
Notez que vous connaissez la distribution du déclarant. Il a six Piques (Ouest a fourni trois fois), un singleton à Cœur (il n’aurait pas posé le Blackwood sans le contrôle de la couleur, ni s’il avait eu une chicane), pas quatre Carreaux (sinon il aurait dit 2♦) et trois Trèfles par le Roi (pas quatre, sinon il aurait soutenu à 3♣). Donc, Sud est 6-1-3-3. Il a revalorisé son Roi de Trèfle en pensant que Nord avait une vraie couleur…
À ce stade, si vous défaussez un Carreau, soit vous en défausserez un autre sur le cinquième Pique (et la mauvaise nouvelle est que Sud va faire toutes les levées de Carreau car il a A97 et pourra désormais impasser la Dame de votre partenaire au deuxième tour de la couleur !), soit vous défausserez un Trèfle (mais alors vous abandonnez la charge des deux mineures à votre partenaire qui sera irrémédiablement squeezé Carreau-Trèfle : après As-Roi de Cœur pour la défausse d’un Carreau de la main, Trèfle pour l’As, Carreau pour l’As, le sixième atout le crucifie).
C’est pourquoi vous devez défaussez un Trèfle puis un autre, conservant la garde des couleurs rouges tandis qu’Ouest se charge des Trèfles. Le danger (très) caché de la défausse à Carreau réside dans la teneur de vos Carreaux, dont la disparition peut permettre au déclarant de réaliser une impasse gagnante à Carreau (le 9 forçant la Dame au deuxième tour, le 7 devenant alors maître). Tout sauf facile…
Les quatre jeux :

Voici deux donnes de chelem proposées par Jean-Pierre Geneslay dont l’équipe (Kilani) formée de seulement quatre membres jouait encore pour le podium avant le dernier match.
La première est issue du match 2 (donne 19).
Donneur Sud, Est-Ouest vulnérables.

Sur 2SA, la réponse prioritaire en Stayman (3♣) avec un 5-4 majeur permet de détecter rapidement le fit à Pique et de parvenir au petit chelem sans encombre.
L’entame du 10 de Carreau est prise de l’As et le déclarant encaisse Roi-Dame de Pique « pour voir ». C’est tout vu, les atouts sont 4-1 et la chute est désormais en bonne voie. Après Trèfle pour l’As et Cœur pour la Dame, Est prend du Roi et rejoue atout pour le Valet. Sud poursuit par As de Cœur et Cœur coupé. Ils sont 3-3, parfait. Il suffit de remonter au mort à Carreau afin d’extraire le dernier atout d’Est. Pas parfait. Celui-ci coupe méchamment. Une de chute.
Le plus simple est de jouer Cœur pour la Dame à la deuxième levée. Si l’impasse rate et qu’Est contre-attaque à Trèfle, on pourra maintenant jouer Roi-Dame de Pique puis As de Cœur et Cœur coupé de l’As, remonter au mort à l’atout, extraire le dernier atout d’Est et tabler (même si les Cœurs sont 4-2, les douze levées sont là).
Après la séquence ayant mené à 6 Sans-Atout, un contrat inférieur, et avec la même entame à Carreau, il n’y a pas le choix, il faut tenter l’impasse à Cœur. Quand elle rate, le temps se couvre. Est retourne Trèfle. Sud encaisse alors tous ses Piques et ses Carreaux pour passer le temps. Sur quoi Est se trouve miraculeusement squeezé Cœur-Trèfle. Grosse éclaircie.
Il se murmure que, sur cette donne, les futurs vainqueurs de l’épreuve se sont envolés jusqu’à 7 Piques, pour deux de chute. Un envol indolore puisque leurs homologues ont chuté 6 Piques…
La deuxième donne est issue du match 5 (donne 5).
Donneur Nord, Nord-Sud vulnérables.

Sur 2♦, il faut préférer 3♣ au cue-bid plus obscur, ce qui permet d’atteindre le contrat de 6 Trèfles, chelem qui n’est qu’une pure formalité.
En revanche, 6 Sans-Atout (joué par Nord, en l’occurrence) est plus délicat. Après l’entame du 2 de Cœur prise de l’As, le déclarant joue Trèfle pour le Roi et découvre la chicane de l’intervenant, ce qui le ravit. Il présente alors le Roi de Pique. Est le capture de l’As et rejoue la Dame de Carreau dûment prise de l’As. Après quatre tours de Trèfle et la Dame de Pique, Est doit garder deux Carreaux et donc seulement deux Cœurs. Le déclarant réalise alors tous ses Cœurs et son contrat par la même occasion.
Si Est croit bon de duquer le Roi de Pique pour ne pas réduire le compte, l’avalanche tricolore s’abat sur lui et il ne fait plus aucune levée. Quatre tours de Trèfle l’obligent à dégarder soit les Cœurs, soit les Piques (ne parlons même pas des Carreaux). Le déclarant le resqueeze alors en encaissant la couleur libérée. Le défenseur n’a certes pas réduit le compte mais son compte, lui, est douloureusement réduit.
Notez que le déclarant peut également gagner en commençant par cinq tours de Trèfle avant de jouer le 2 de Pique, exécutant ensuite le squeeze rouge sus-décrit en encaissant la Dame de Pique.
