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Les soutiens majeurs différés au palier de 3, forcing ou non forcing ?

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La paire Nord-Sud a déclaré un très mauvais contrat. Comme souvent, chacun des deux joueurs pense que son partenaire est responsable de l’accident.
Et vous, qu’en pensez-vous ?

Cette série est consacrée au thème :
Les soutiens majeurs différés au palier de 3, forcing ou non forcing ?

facile
moyen
difficile
Problème 1
ONES
1passe1♠
passe2passe3
passe4

Le constat
La manche a été enchérie par hasard, le chelem jamais envisagé.

Les arguments
Nord : «Tu te rends compte que j’aurais pu passer sur 3 ? Parce qu’à mon avis ton enchère est non forcing. Cela dit, tu as peut-être raison, sinon je ne vois pas comment exprimer naturellement un soutien forcing.»
Sud : «Tu dois apprendre les règles de base. Les soutiens différés exprimés au palier de 3 sont forcing et donc plus forts qu’un saut à la manche. Je n’ai pas d’autre moyen d’explorer le chelem. Quand ton enchère de 4 m’apprend que ton ouverture est minimale, en dessous même de l’enchère de “3SA OUI MAIS”, je ne peux que passer.»

Le verdict
Une mésentente fréquente sur le caractère forcing ou non forcing de l’enchère de 3 dans cette séquence. L’enchère de 2 a une caractéristique spéciale sur la réponse de 1♠. Elle garantit six cartes à Cœur, ce qui n’est pas le cas sur les réponses de 2♣ et de 2. Si le répondant a deux cartes à Cœur, le fit huitième est découvert et il doit être enchéri. C’est pourquoi 3, non forcing, montre entre 9 et 11-H (l’équivalent de la réponse de 2SA avec 11-13DH et trois atouts), par exemple : ♠A654 R3 R9842 ♣92. On dira 4 entre 11+H et 13H. Reste à résoudre le problème du soutien forcing à Cœur. Il y a trois solutions :

  • La solution standard, nommer une troisième couleur affirmative (3♣ ou 3) puis exprimer le soutien forcing à Cœur du mieux que l’on peut.
  • Une solution moins classique, mais qui affirme sans détour le soutien forcing, sauter au palier de 4, à 4♣ ou 4, contrôle anticipé, d’honneur ou de coupe.
  • Une solution technique récente : utiliser l’enchère de 2SA sur 2 comme enchère forcing, prélude à l’expression du soutien. À ne pas mettre en toutes les mains.

L’enchère responsable de l’accident
3 sur 2, enchère non forcing. Sud est responsable à 100%.

La bonne séquence :

ONES
1passe1♠
passe2passe3
passe3SApasse4
passe4SApasse5
passe6

Problème 2
ONES
1passe1
passe1♠passe2♣
passe2passe3

Le constat
Un chelem sur une impasse, qui ne devrait pas être déclaré mais qui serait sur table avec l’As de Carreau au lieu de Roi-Dame.

Les arguments
Nord : «Pourquoi tu me tends des pièges ? Je ne comprends rien à tes règles de je ne sais pas qui, tout ce que je sais c’est qu’à l’oreille ta séquence est non forcing. Si tu veux jouer un chelem, ce n’est pas difficile de poser le Blackwood, tu as tous les contrôles et ton seul problème est le nombre de cartes clés.»
Sud. «C’est la règle de Lévy et je te l’ai répétée cent fois. Je pense qu’au moins tu n’oublieras plus cette séquence.»

Le verdict
Les séquences se suivent et se ressemblent plus ou moins. Cette fois-ci, c’est la quatrième couleur forcing qui est responsable de l’accident. Je reconnais d’ailleurs qu’à l’oreille cette séquence a l’air non forcing… Comment distinguer sans risque d’erreur les enchères forcing ou non forcing du répondant après l’annonce de la quatrième couleur forcing ? Voici une règle simple à retenir et qui permet de ne plus se tromper :

La troisième enchère du répondant après une quatrième couleur forcing est non forcing si elle est exprimée au palier de 2, forcing de manche si elle est exprimée au palier de 3.

S’il avait connu la règle de Lévy, Nord n’aurait pas passé…

Une remarque à propos de la question de Nord qui reproche à son partenaire de n’avoir pas posé le Blackwood sur 2. L’enchère de 4SA n’est pas un Blackwood, le fit huitième n’est pas avéré, c’est une enchère quantitative.

Et enfin, une fois admis le caractère forcing de l’enchère de 3, il est facile de comprendre que cette enchère est plus positive que 4. En outre, sur 3, 4 en Nord est un coup de frein légitime mais qui ne devrait pas empêcher Sud de poser le Blackwood.

L’enchère responsable de l’accident
Passe sur 3. Nord est responsable à 100%.

La bonne séquence :

ONES
1passe1
passe1♠passe2♣
passe2passe3
passe4passe4SA
passe5passe5
Problème 3
ONES
1passe1♠
2♣passepasse3

Le constat
Encore une manche sur table empaillée !

Les arguments
Nord : «On a parlé plusieurs fois de cette situation d’enchères forcing ou non forcing après intervention. Aucune enchère naturelle n’est forcing avec ou sans saut. L’intervention offre deux enchères pour initier un processus forcing, le contre et le cue-bid.»
Sud : «Je me souviens très bien de cette discussion, mais je ne crois pas que nous ayons abordé le cas des enchères de soutien différé avec saut. Je ne vois pas très bien avec quel jeu limite je dois répondre 1♠ sur 1, plutôt que d’exprimer immédiatement mon soutien par les enchères de 3 ou de 2SA dans le cadre de notre système.»

Le verdict
Décidément, cette enchère de 3 pose de nombreux problèmes à nos candidats qui, sur cette série, n’ont jamais été d’accord sur son caractère forcing ou non forcing. Il faut reconnaître qu’une simple intervention peut modifier le sens d’une enchère qui peut devenir compétitive, même si exprimée avec un saut. Et c’est l’argument invoqué par Nord quand il a passé sur 3, argument contredit par Sud qui affirme que les principes développés par son partenaire sur les réveils ne s’appliquent pas à l’expression d’un soutien.

Voyons tout cela de plus près et, pour commencer, par l’étude d’une séquence similaire sans être identique.

ONES
1passe1
1♠passepasse3♣()

La question à se poser est toujours la même. Si 3♣ et 3 sont des enchères forcing, comment exprimer un jeu limite avec une distribution bicolore Cœur-Trèfle ou avec un soutien à Carreau ? Et, réciproquement, comment exprimer un soutien forcing à Carreau, ou une distribution bicolore forcing de manche si 3♣ et 3 sont des enchères limites ? Et la réponse a été très justement énoncée par Nord. Pour initier un processus forcing après l’intervention du n°4, le répondant en situation de réveil doit soit contrer, soit faire un cue-bid. Pour simplifier, le contre recherche un soutien majeur de trois cartes, le cue-bid recherche un arrêt vers les Sans-Atout ou prépare l’expression d’un soutien forcing de la mineure d’ouverture.
En corollaire, les réveils naturels, ici 3♣ et 3, sont non forcing.

Posons-nous la même question dans la séquence de notre troisième exemple. Et cette fois-ci, c’est Sud qui énonce l’argument décisif. Une enchère de soutien limite à Cœur doit toujours être annoncée en réponse à l’ouverture, la réponse de 1♠ déniant l’expression d’un soutien limite. Vous savez bien qu’il faut répondre 3 sur 1 et pas 1♠ avec ♠RD962 D1083 V2 ♣73 et qu’il faut répondre 2SA sur 1 et pas 1♠ avec ♠A10754 R97 87 ♣R52. Le réveil à 3 ne peut enchérir aucune de ces deux mains. Sud a donc répondu 1♠ avec un jeu trop fort pour exprimer un soutien direct à Cœur, le réveil par 3 est bien forcing de manche.

L’enchère responsable de l’accident
Passe sur 3. Nord a passé sur une enchère forcing, il est responsable à 100%.

La bonne séquence

ONES
1passe1♠
2♣passepasse3
passe4

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Alain Lévy

Auteur et joueur renommé de bridge, il est né à Casablanca le 14 juillet 1949. Il a gagné trois titres de champion du monde avec l’équipe de France Open et a également remporté un nombre incalculable de titres nationaux. Il écrit des articles de bridge ciblés sur les entames pour Bridgerama+ ainsi que pour Figaro Magazine. Il détaille principalement ses analyses de ses parties sur le blog. Photo © Caroline Moreau.

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